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Budget Programme : la boussole de la Guinée pour transformer l’action publique

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Une nouvelle ère de gouvernance financière s'ouvre en Guinée

Le 31 mars 2026 restera une date marquante dans l'histoire des finances publiques guinéennes. Ce jour-là, le Conseil National de la Transition (CNT) a adopté la Loi de Finances Initiale 2026, consacrant la mise en œuvre intégrale du Programme Budgétaire en République de Guinée. Avec 97 voix pour, 3 contre et 2 abstentions, ce vote symbolise l'entrée du pays dans une nouvelle ère de gouvernance financière axée sur les résultats et la transparence.

Contrairement à l'ancien système de budget de moyens, qui se limitait à répartir les dépenses par nature (salaires, fournitures, investissements), le Programme Budgétaire repose désormais sur des objectifs précis, des indicateurs de performance et des résultats mesurables. Chaque franc dépensé par l'État doit désormais produire un impact concret sur la vie des citoyens.

Mettre fin aux limites de l'ancien système

Pendant plus de 60 ans, la Guinée a fonctionné avec un budget traditionnel qui ne permettait pas d'évaluer l'efficacité des dépenses publiques. Ce système a montré plusieurs limites, notamment l'opacité dans la gestion des crédits, la faible culture de résultats, la mauvaise planification budgétaire et la vulnérabilité à la corruption.

Les données du ministère de l'Économie et des Finances indiquent par exemple que le taux d'exécution des dépenses d'investissement était de 68,4 % en 2022, laissant une grande partie des crédits sans impact réel. Malgré ses importantes ressources minières, notamment la bauxite et le fer de Simandou, la Guinée avait du mal à transformer cette richesse en services publics efficaces.

Le Budget Programme, une réforme structurante

Le Programme budgétaire s'appuie sur la Loi organique relative aux lois de finances (LORF) de 2012 et sur le Plan de réforme des finances publiques 2022-2026. Il introduit une nouvelle logique : passer des moyens aux résultats.

Ainsi, 47 programmes budgétaires ont été créés, accompagnés de plus de 340 indicateurs de performance. Onze ministères pilotes, représentant près de 73 % du budget de l'État, ont été sélectionnés pour conduire la réforme, notamment dans les secteurs clés comme la santé, l'économie et les infrastructures.

L'objectif est clair : améliorer les services publics, renforcer la transparence et garantir une meilleure utilisation des ressources de l'État.
Le rôle clé du SIGFIP et de la planification budgétaire

La réforme repose également sur le Système intégré de gestion des finances publiques (SIGFIP), qui permet de suivre les dépenses en temps réel et de renforcer la traçabilité financière. Grâce à cet outil, le taux de dématérialisation des dépenses atteint aujourd'hui 94 %, et les délais de paiement ont été réduits de 45 à 18 jours.

Par ailleurs, le Cadre de dépenses à moyen terme (CDMT) assure une planification budgétaire sur plusieurs années, garantissant la cohérence entre la vision stratégique Simandou 2040, la Loi-programme 2026-2030 et les budgets annuels.

Un budget tourné vers le développement durable

L'une des innovations majeures est l'introduction du Budget Vert, qui intègre les enjeux environnementaux dans la gestion financière. Une partie des revenus miniers sera désormais consacrée au financement de projets écologiques, notamment le reboisement, l'énergie propre et la protection des communautés.

Cette approche vise à concilier exploitation minière et protection de l'environnement, dans le cadre d'un développement durable.

Une réforme porteuse d'espoir

Avec un budget augmenté à plus de 31 200 milliards de francs guinéens, une augmentation des dépenses sociales et une meilleure planification, la Guinée affiche une ambition claire : améliorer la qualité des services publics et renforcer la confiance entre l'État et les citoyens.

Le Programme budgétaire ne se limite pas à une réforme technique. Il représente une transformation profonde de la gouvernance publique, orientée vers les résultats, la transparence et l'impact social.

En définitive, la réussite de cette réforme dépendra de l'engagement des autorités, des gestionnaires publics, du Parlement et de la société civile. Car au-delà des chiffres, le véritable objectif reste l'amélioration du quotidien des populations guinéennes.

Par Dr Diakité Ibrahima Kalil

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